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Dictionnaire du Moyen Français    Settings    Browse  |  Collate      

pb 94 r "Par ma foy !" dist messire Guillaume Helmon, "vous dittes bien et nous le ferons." Tous s’accorderent a celle voix et regarderent qui y feroyent leur cappitaine. Sy regarderent que pour ce cas ilz ne pouoient avoir meilleur cappitaine que Soustree, car ilz aroient de mal faire plus grant loysir et plus de port que nulz des autres. La bouterent ilz hors le pennon saint George et crierent tous: "A Soustree, ce vaillant bastart ! Amis a Dieu et annemis a tout le monde !" Et estoient adonc en voulenté et tous esveilléz de venir courir premierement a Ville Vesiouse et de faire guerre au roy de Portingal. Bien avoient messire Mahieu de Gournay, messire Guillaume de Beauchamp denees ces parolles de courir la ville, mais ilz n’en avoient peu estre ouyz. A ces coups qu’ilz avoyent levé le pennon saint George et qu’ilz devoient partir du moustier, le Chanoine vint et ouvry la presse et entra ens, et s’arresta devant l’autel et dist tout hault: "Messeigneur, que vouléz vous faire? Ayéz ordonnance et attrampance en vous. Je vous voy durement esmeuz." Adonc vindrent en sa presence messire Jehan Soustree, messire Guillaume Helmon, et aucuns des autres, et luy remonstrerent tout ce qu’ilz avoient fait et quel chose aussy ilz vouloyent faire. Adonc les refrena le Chanoine par beau langaige et leur dist: "Seigneurs, penséz et ymaginéz bien vostre fait avant que vous entreprennéz nulle follie ne nul oultraige. Nous ne nous pouons mieulx destruire que de nous meismes. Se nous guerroyons ce paÿs, noz annemis en aront nouvelles, si s’efforceront et y entreront d’une part et courront quant ilz verront que point ne leur yrons au devant. Ainsi perdrons nous en deux manieres et resjouyrons noz annemis et asseurerons de ce qu’ilz sont en doubte et sy faulcerons nostre loyaulté envers monseigneur de Cantebruge." "Et que vouléz vous", dist Soustree, "Chanoine, que nous faisions? Nous avons despendu plus avant que noz gaiges ne montent, et sy n’avons eu ne prest ne paiement nulz depuis que nous venismes en Portingal. Se vous avéz esté payéz et nous ne le sommes point, vous avéz beau souffrir." "Par ma foy," dist le Chanoine, "Soustree, je n’ay eu plus avant payement que vous, ne sans vous je n’en receuray riens." Lors respondirent aucuns autres chevaliers qui la estoyent: "Nous vous en creons bien, mais il fault que les choses ayent leur cours. Monstréz nous comment honnourablement nous puissions yssir de ceste matiere et avoir hastive delivrance, et se nous ne sommes briefment payés, les choses yront mal." Adonc commança a parler le Chanoyne de Robertsart et dist:

SHF 2-254 sync Comment les compaignons angloys qui estoyent en Portingal furent courrouciéz contre le roy et comment ilz furent rappaisiéz par argent.

"Beaulx seigneurs, je conseille que de cy endroit en l’estat ou nous sommes, nous allions parler au conte de Cantebruge et luy remonstrons nostre entente." "Et lequel de nous luy remonstrera?" distrent ilz. "Je pour tous," respondi Soustree, "mais advouéz ma parolle," et tous luy orent en couvenant de l’advouer. Adonc se departirent ilz en l’estat ou ilz estoient, le pennon saint George devant eulx qu’ilz avoyent ce jour levé, et s’en vindrent pb 94 v

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