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pb 130 r CXXX

logier, l’advantgarde et arrieregarde et
tout. Sy vous dy que sus les champs
les seigneurs pour ce temps y orent
moult de peine. Car il estoit en cuer
d’iver a l’entree de decembre, et pleu
voit tousjours, et sy dormoyent les
seigneurs toutes les nuiz tous arméz
sur les champs, car tous les jours
et toutes les heures ilz attoyent la ba
taille et disoit on en l’ost: "Ilz venront
demain", et ce savoit on par les four
ragieurs qui couroyent aux four
raiges sus le paÿs, qui rapportoient
ces nouvelles. Si estoit le roy logiéz
tout ou mislieu de ces gens, et de ce
que Phelippe d’Artevelle et ses gens de
trioyent tant, estoient les seigneurs
courrouciéz, et pour le dur temps
qu’il faisoit ilz voulsissent bien es
tre delivré. Vous devéz sçavoir que
avecques le roy estoit toute fleur de
vaillance et de chevallerie. Si esto
yent Phelippe d’Artevelle et les Flamens
moult oultrecuidiéz quant ilz s’en
hardissoyent du combatre, et s’ilz se
feussent tenuz en leur siege devant
Audenarde et aucunement fortiffiéz
avecques ce qu’il faisoit pluvieulx
et fres et brouillaz cheuz en Flandres,
on ne les feust la jamaiz aléz quer
re, et se on les y eust quis, on ne les
eust peü avoir pour combatre fors
a trop grant peine, meschief et pe
ril. Mais Phelippe se gloriffioit sy a la
belle fortune et vittoire qu’il ot devant
Bruges qu’il luy sembloit bien que
nulz ne luy pourroit fortfaire et es
peroit bien a estre sires de tout le mon
de. Autre ymaginacion n’avoit il
ne riens il ne doubtoit le roy de Fran
ce ne sa puissance. Car s’il eust doub

te, il n’eust pas fait ce qu’il fist, si comme
vous orréz recorder ensuivant. SHF 2-333 sync La mer
veille qui advint par nuit aux Flamens
et comment ilz ordonnerent leur batail
le en une montaigne. Le meccredi au
soir dont la bataille fut a l’endemain
s’en vint Phelippe d’Artevelle et sa puissance lo
gier en une place asséz forte entre un fossé
et un bosquet et si forte haye que on ne pou
oit venir aysieement jusques a eulx, et
fut entre le Mont d’Or et la ville de Roseber
que
, ou le roy estoit logiéz. Ce soir Phelippe
donna a soupper a tous les cappitaines
grandement et largement. Car il avoit
bien de quoy, et toutes pourveances les
suivoient. Quant ce vint aprés sou
per il les mist en parolle et leur dist: "Be
aulx seigneurs, vous estes en ce party
et en ceste ordonnance d’armes mes com
paignons. J’espoire bien que demain nous
aurons besoingne. Car le roy de France,
qui a grant desir de nous trouver et
combatre, est logiéz a Rosebecque. Si
vous prie que vous tenéz tous vostre loyaul
té et ne vous esbahyssiéz de chose que vous
oyéz ne voyéz, c’est sur nostre bon droit que
nous nous combatrons pour garder
les jurisdicions de Flandres et nous te
nir en droit. Admonnestéz voz gens de
bien faire et les ordonnéz saigement et
tellement que on die que, par nostre bon ar
roy et ordonnance, nous ayons eue la vit
toire, et la journee pour nous demain,
a la grace de Dieu, nous ne trouverons
jamais seigneur qui nous combate ne
qui s’ose mettre contre nous aux champs,
et nous sera cent foiz honneur plus
grande que ce que nous eussions le con
fort des Angloys. Car s’ilz estoient en nostre
compaignie, ilz en aroient la renommee
et non pas nous. Avecques le roy de pb 130 v

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