Online Froissart
Facsimile mode    Settings    Browse  |  Collate      
pb 52 r LII

ilz se departirent et vindrent a Maide
et a l’andemain a Tillay et l’autre jour
aprés a Bain et la demourerent trois
jours pour le pont qui estoit rompus.
Sy orent moult de mal au reffaire pour
passer oultre et leurs charroys. Toutef
foiz le pont fut reffait bon et fort et pas
sa l’ost la riviere de Voulain et fut par
un samedi et vint logier a Lohiat, et la
demoura l’ost deux jours et l’andemain
quant ilz se partirent de Lohiat ilz s’en
vindrent logier a Gros, et la demoura
l’ost deux jours et l’andemain au Maron,
et la demoura l’ost deux jours, et l’an
demain a la Trinité ilz passerent la ri
viere d’Aust au pont de Brehaing, et la
demoura oultre l’eaue sur les plains
tout l’ost ce jour que ilz orent passee la
riviere. Ceulx de la cité de Vennes estoy
ent tous infourméz par ceulx du paÿs
que le conte de Bouquighem et les An
glois
venoient celle part et estoit leur
entente que de logier en la ville. Sy
ne savoient comment ilz se cheviroient
du laissier eulx entrer en leur cité ou
non, et vindrent devers le duc qui estoit
en Hainbont, mais ce jour que ilz veno
ient vers luy ilz encontrerent le duc sus
les champs ainsi que a deux petites li
eues de Vennes qui venoit celle part.
Quant le duc vit ces bonnes gens
de Vennes
, il les conjouy et leur demanda
des nouvelles et ou ilz alloient. Ceulx
respondirent: " Monseigneur, des nouvel
les vous dirons nous asséz. Veéz cy le
conte de Bouquighem et les Angloys
qui viennent celle part et est leur
entencion si comme nous sommes in
fourméz que de logier en vostre bonne
ville de Vennes
. Si regardéz que vous
en vouléz faire. Car sans vostre mande

ment nous n’en ferons riens, et ja ont ilz
reffait le pont de Brehain que on avoit rom
pu sus la riviere de Aust." Quant le duc
ouy ces nouvelles, il penssa un petit, et
puis respondy: "Dieux y ait part! Ne vous ef
frayéz ne ne soussiéz de riens. Les choses
venront a bien. Ce sont gens qui ne vous
vuellent nul mal. Je suis en aucunes choses
tenuz envers eulx et ay traittiéz a eulx, les
quelz il fault que je porte oultre et que je
m’en acquitte. Sy m’en vays a Vennes, et
demain je croy bien que ilz vendront. Je ys
tray contre le conte mon frere et luy feray
toute l’onneur que je pourray. Car en veri
té je y suis tenuz. Du seurplus vous ferés
ainsi que je vous conseilleray, vous luy
offrerés et presenterés les clefs de la ville
et lui dirés que vous et toute la ville estes
tous prests et appareilléz de luy recepvoir
sauf tant que vous luy ferés jurer que
XV jours aprés ce qu’il en sera requis du
partir, il partira et vous rendra les
clefs de la ville. C’est tout le conseil que je vous
donne." Les bourgoys de Vennes qui chevau
choient deléz le duc respondirent ainsi et
distrent: " Monseigneur, a vostre ordonnan
ce nous en ferons." Depuis chevauchie
rent ilz tous ensemble jusques a Vennes,
et la se loga le duc celle nuit, et les Anglois
s’en vindrent logier a Saint Jehan, un vil
laige seant a deux petites lieues de Vennes.
Ce soir receut lettres le conte de Bouqui
ghem
du duc qui luy escripsoit comme a
son chier frere et lui mandoit que il estoit
le bienvenuz en la marche de Vennes. A l’en
demain quant le conte ot ouy messe et
beu un coup, il monta a cheval et toutes ses
gens monterent et chevauchierent moult
ordonneement devers la cité de Vennes,
l’advant garde premierement, le conte
de Bouquighem
aprés en sa bataille, et pb 52 v

Launch external viewer    (Requires Java)